Les repérer, pour mieux les déjouer
Avez-vous déjà entendu parler des biais cognitifs1 et de leur influence insidieuse sur nos prises de décision ? Les biais cognitifs sont des erreurs de raisonnement qui nous font percevoir la réalité de manière déformée. Ils sont souvent le résultat de raccourcis mentaux que notre cerveau utilise pour traiter une grande quantité d’informations ou pour prendre des décisions rapides.
Avant d’explorer leur impact sur notre pratique équestre, je vous invite à prendre quelques instants pour réfléchir à vos propres expériences. Connaissez-vous les biais cognitifs et comprenez-vous comment ils peuvent affecter votre relation avec votre cheval ?
Plongeons
dans le monde équestre et examinons de plus près comment certains biais cognitifs peuvent façonner nos décisions en matière de détention et d’éducation du cheval. En illustrant chaque point par des exemples situationnels crédibles, nous explorerons ensemble comment une compréhension éclairée de ces tendances naturelles peut améliorer notre pratique équestre.
La biais de confirmation
Il consiste à chercher ou à interpréter les informations qui confirment nos croyances ou nos hypothèses, et à ignorer ou à rejeter celles qui les contredisent.
Imaginez un cavalier qui a toujours pratiqué une approche spécifique, basée sur une certaine méthode d’équitation. Son cheval, cependant, commence à montrer des signes de désaccord, tels que des oreilles en arrière et une résistance à certains exercices. Le biais de confirmation pourrait amener ce cavalier à ignorer ces signaux, privilégiant plutôt les moments où le cheval semble se conformer. La difficulté à remettre en question la méthode existante peut, non seulement, vous garder prisonnier d’une méthode qui ne correspond pas à vos besoins mais pire qui vous entraîne vers la maltraitance.
Loin de moi l’idée de penser à l’hyperflexion… 😤

Le biais d’ancrage
Il s’agit de se fier à la première information que l’on reçoit, et de la considérer comme une référence pour les jugements ultérieurs.
Par exemple, si nous rencontrons un cheval qui a une mauvaise réputation, nous allons avoir tendance à le juger négativement, et à lui attribuer des défauts ou des vices. C’est assez flagrant dans l’idée que certains cavaliers se font des entiers par exemple. Ce biais (peut) nous empêche de donner une seconde chance au cheval, de le découvrir sous un autre angle, et de lui offrir les conditions nécessaires à son épanouissement.
Le biais de négativité
Consiste à accorder plus d’attention et de poids aux événements négatifs qu’aux événements positifs.
Nous avons eu une mauvaise expérience avec un cheval, ou nous avons peur de tomber. Nous allons focaliser sur les risques, les difficultés ou les échecs, et oublier les réussites, les progrès ou les plaisirs. Ce biais peut nous faire perdre confiance en nous, en notre cheval, et en notre capacité à progresser ensemble. Il peut aussi nous faire adopter une attitude négative, stressée ou anxieuse.
Le biais d’attribution
Consiste à attribuer les causes des comportements à des facteurs internes ou externes, en fonction de notre intérêt ou de notre préférence.
Si notre cheval réussit un exercice, nous allons avoir tendance à nous en attribuer le mérite, et à penser que c’est grâce à notre talent ou à notre travail. Si notre cheval échoue un exercice, nous allons avoir tendance à lui attribuer la faute, et à penser que c’est à cause de sa paresse, de sa bêtise ou de sa mauvaise volonté. Ce biais peut nous faire manquer d’objectivité, de remise en question et de responsabilité. Il peut aussi nous faire manquer de respect, de reconnaissance et de gratitude envers notre cheval.
Alors, on fait quoi ?
Ces exemples situationnels illustrent comment les biais cognitifs peuvent influencer nos décisions.
En prenant conscience de ces tendances naturelles, nous pouvons mieux naviguer dans notre relation avec nos chevaux et dans notre propre progression.
Les biais cognitifs sont difficiles à éviter, car ils sont souvent inconscients et automatiques. Cependant, il existe quelques pistes pour les réduire ou les contrer :
- Se former et s’informer sur le cheval, son comportement, ses besoins, ses émotions, sa communication, son apprentissage, etc. Il existe de nombreuses sources de connaissances scientifiques, éthologiques ou pratiques qui peuvent nous aider à mieux comprendre le cheval et à améliorer notre relation avec lui.
- Se remettre en question et se remettre en cause. En étant conscient de nos propres biais, de nos propres limites, de nos propres erreurs. Il est important de ne pas se croire détenteur de la vérité, de ne pas se fier aveuglément à nos intuitions. Il est aussi important de reconnaître nos torts, de réparer nos fautes, de changer nos habitudes si elles sont nuisibles pour le cheval ou pour nous-même.
- Se mettre à la place du cheval, en essayant de voir les choses de son point de vue, de comprendre ce qu’il veut, de respecter ce qu’il est. Il est essentiel de ne pas projeter sur le cheval nos propres désirs, nos propres attentes, nos propres interprétations. Il est essentiel de ne pas lui imposer nos propres règles sociétales, nos propres objectifs, nos propres contraintes. Il est essentiel de ne pas le considérer comme un objet, un outil, un moyen, mais comme un sujet, un partenaire.
- Se faire accompagner et se faire conseiller, par des professionnels, des experts, des pairs, qui peuvent nous apporter un regard extérieur, un soutien moral, une aide technique. Il est utile de ne pas rester seul, de ne pas rester enfermé dans nos propres schémas de pensée. Il est utile de s’ouvrir aux autres, de s’ouvrir aux échanges, de s’ouvrir aux critiques « constructives ».
En conclusion
Les biais cognitifs sont des phénomènes naturels et universels, qui peuvent avoir des effets bénéfiques ou néfastes, selon les situations et les contextes. En équitation ou dans la détention du cheval, ils peuvent être à l’origine de nombreux problèmes, mais aussi de nombreuses solutions. L’important est d’en être conscient, d’être vigilant, et d’en être acteur.
Nous sommes les voix de nos chevaux. Écoutons-les, respectons-les et progressons ensemble.
Pour aller plus loin:
- https://www.science-et-vie.com/cerveau-et-intelligence/les-biais-cognitifs-ces-raccourcis-mentaux-qui-peuvent-nous-induire-en-erreur-107719.html#post-107719 ↩︎
